Le Baron Tzigane de Johann Strauss à L’Opéra Podlaska à Bialystok le 13/09/2019 – Revue de presse

Kurier Poranny 26/09/2019

Jerzy Doroszkiewicz

[…] C’est ce qu’on appelle « la ronde ». L’histoire se répète, c’est bien connu. Hier, aujourd’hui et demain, c’est pareil. La  dramaturgie du Baron tzigane  présentée sur la scène de l’Opéra de Bialystok débute par une ouverture que l’on pourrait qualifier de « prophétique », et se referme sur un final sans surprise typique d’opérette digne de ce nom. Le divertissement du public est garanti par de fréquents clins d’œil aux grands classiques du cinéma, comme « Certains l’aiment chaud » ou « Autant en emporte le vent ».

[…] Une camionette déglinguée symbolise en quelque sorte le cinéma itinérant tout comme des affiches de cinéma grand format. Ils constituent un commentaire  drôlatique des scènes successives et suggèrent en même temps au spectateur tout changement d’action.

[…]  Mais avant d’arriver jusqu’au final, une idée inquiétante d’une très grande actualité traverse la scène, celle de la guerre qui s’avère être aussi un jeu fort amusant.

[…] L’imaginaire des combattants serait-il le même que celui des bâtisseurs oeuvrant sur les ruines de l’après guerre ?  Si vous avez un  doute, vous n’avez qu’à suivre un bref interlude mettant en scène un ballet d’infirmes que le Grand Dictateur de Charlie Chaplin scrute avec attention. Cependant Maria Sartova ne s’arrête pas exclusivement à cette vision au caractère quelque peu grotesque.

Biaystok Online, le 23/09/2019

Anna Dycha

Le Baron tzigane  à l’Opéra Podlaska de Bialystok est une histoire filmée  au rythme  de la valse et du csárdás.

Le public est séduit par la très belle musique de Strauss et par une  scénographie extrêmement moderne.

[…] La scénographie de Damian Styrna nous surprend  par son caractère surréaliste tout en étant résolument  moderne.  C’est l’idée de Maria Sartova qui l’a mis en scène pour échapper justement au livret sentimental et à l’eau de rose. Et ce parti pris a payé, pour ainsi dire, car le cinéma devient la clé du visuel offert par cette conception de l’œuvre de Strauss.

[…]  Les constumes conçus par Anna Chadaj sont particulièrement beaux et ils réunissent  les deux univers, à savoir celui de la campagne hongroise et d’un campement de Tziganes.

Traditionnellement, on ajoute des csárdás, des polkas et des valses qui, par ailleurs,  ne figurent pas dans la partition originale. Rien de tel dans la mise en scène de Sartova. Il n’y a qu’un  csárdás et il accompagne parfaitement la fin de la guerre.

[…]  Un vers sonne d’une façon particulièrement inquiétante et il fait écho à notre époque moderne :  « Il y a trop d’étrangers ici ». Les migrants, l’intolérance, tous les stéréotypes s’y retrouvent. Ainsi une opérette écrite au XIX e siècle nous ramène vers  l’actualité d’aujourd’hui. Comment abattre les murs qui nous séparent, chose qui à priori nous paraît impossible. La recette est toute simple : c’est l’amour au sens le plus large du terme qui peut nous venir au secours.

Gazeta Wyborcza 15/09/2019

Monika Żmijewska

Comment fait-on pour tourner en dérision une opérette, confondre Strauss avec les frères Coen et Woody Allen, tout en étant fidèle au livret et à la partition ? 

Le Baron tzigane à l’OpéradeBialystok est une sorte de moquerie sentimentale, très cinématographique et rafraîchissante. Le pari réussi de Maria Sartova et de son équipe : comment se moquer avec une certaine malice des trucs cinématographiques tout en préservant les exentricités et astuces propres à l’opérette. En apparence, c’est une chose impossible et pourtant … Maria Sartova  qui, par ailleurs est désormais bien connue du public de Bialystok à travers sa mise en scène récente de la Bohême, a su trouver un concept qui lui permet de dépoussiérer le genre quelque peu vieillot qu’est l’opérette et lui redonner une énergie nouvelle. Elle joue avec, tout en étant fidèle à ce genre musical, ce qui ne l’empêche pas de créer  une ambiance délurée défiant les convenances du style. Elle se promène entre les époques.  Ainsi l’opérette acquiert ses lettres de noblesse et se hisse au rang d’une œuvre résolument cinématographique.

[…] Toutefois l’apparente gaîté et la douceur ne devraient pas nous tromper. On y trouve beaucoup de notes amères glissées secrétement entre les vers, dans la danse et la pantomime. Elles nous renvoient à notre modernité.

[…] Maria Sartova a créé un millefeuille où se superposent différents motifs et où la triste réalité fait éclater le conte de fée.  Des fois, ce ne sont que des flashs, des non-dits mais, oh combien ils sont lourds de sens.

[…] C’est un spectacle parfaitement pensé et réfléchi, travaillé dans ses moindres détails, à tel point que l’œil du spectateur est en permanence sollicité.  L’orchestre y joue merveilleusement bien, les chanteurs au sommet de leur art nous entraînent dans l’action. Cependant on y trouve également des séquences plus sobres, sans fioritures qui nous offrent des instants de répit.

[…] C’est Le Baron tzigane qui dessine une passerelle entre la tradition et le spectateur d’aujourd’hui.

Cameral Music

Iwona Karpińska

Wrocław

Le soir de la première, à la fin de la représentation, lorsque le chef d’orchestre se trouvait encore dans la fosse d’orchestre, le public de Białystok s’est levé en aplaudissant chaleureusement les artistes.

Dès les premières notes du Baron tzigane dans la mise en scène de Maria  Sartova, la musique captivait l’attention des spectateurs qui pouvaient admirer le jeu des interprètes qui s’amusaient en jouant leurs rôles.  Cette mise en scène nous donnait à comprendre que tout n’était pas si sérieux que cela et que les artistes jouaient tout simplement dans un film, dans une comédie costumée  sous l’œil attentif de la caméra.

D’une part,  saluons la scénographie outrancière de Damian Styrna, la gestuelle de Jarosław Staniek et celle de Katarzyna Zielonka, les costumes bariolés d’Anna Chajda et un choix audacieux d’accessoires. De l’autre, un autenthique récit construit autour de destins humains, exprimé dans les parties chantées par les protagonistes. Ici, rendons hommage au chœur de l’Opéra et de la Philharmonie Podlaska à Białystok et à sa cheffe, Violetta Bielecka, qui a su rendre audible et dramatique la confrontation de deux mondes. Les artistes qui déployaient leurs talents de comédiens devaient doubler leurs efforts pour attirer le public et valoriser ainsi sa présence. C’est la musique qui joue le premier violon, pour ainsi dire, c’est elle qui nous invite à la danse. C’est elle qui nous fait rire et qui nous fait réléchir sur les valeurs de notre monde. C’est toujours elle qui guide nos héros.  Un hommage tout particulier à Bassem Akiki qui, le soir de la première, assurait la directon musicale de l’orchestre de l’Opéra et de la Phiharmonie Podlaska à Białystok.

Le Baron tzigane est l’expression de l’amour de la musique et du cinéma, de l’amour de son métier et d’une certaine sensibilité face à l’injustice sociale.


 Konfrontacje Teatralne 22/11/2019

Le Baron Tzigane et la splendeur de l’Opéra Podlaska 22/11/2019

…Maria  Sartova a placé dans un espace un tantinet grotesque une simple d’histoire d’amour et de rêves, à la recherche d’un trésor caché et sur un fond de guerres passées et futures.  A travers une approche personnelle du Baron Tzigane, elle a réussi à construire un récit intemporel où des conflits explosent entre des Hongrois et des Tziganes qui vivent pourtant sur une terre commune.  Les uns et les autres se chamaillent, il arrive qu’un voisin vole un autre voisin et que la fiancée rende son amoureux cocu. N’empêche, c’est toujours le triomphe de l’amour !…

…La metteure en scène joue avec des décors apparemment conventionnels de vieux châteaux en Autriche, de médailles militaires qui,  par le truchement du cinéma contemporain et des réseaux sociaux, perdent leur caractère vieillot et désuet et acquièrent une nouvelle identité. Ainsi l’Empire austro-hongrois du XIX e siècle s’efface et laisse la place au conte des fées qui rejoint les principes de tolérance d’un monde universel…

…La distribution est sans faute. Les artistes évoluent dans une scénographie très contemporaine. Celle-ci s’appuie sur des repères cinématographiques, des bilboards, et, en général, sur les ressorts de la pop culture tout en respectant les codes et le contenu de l’opérette. Félicitations aux deux scénographes, Damian et Eliasz Styrna ! Les costumes d’Anna Chadej en font un vrai régal pour nos yeux, tant ils reflètent la richesse de différents univers. Ainsi des Tziganes  enjoués avec leur féérie de couleurs côtoient  des paysans aux visages pâles ou burinés par le soleil, des soldats vigoureux, tout de vert vêtus, et de nouveaux riches, des éleveurs des porcs tout en rose !…

Agnieszka Kledzik